lundi 8 juin 2009

La Maison des lumières




Didier VAN CAUWELAERT, « La maison des lumières », Albin Michel, 2009.

Chaque année, pour son anniversaire, j’offre un Van Cauwelaert à une de mes amies. C’est facile de lui faire un cadeau, elle souffle toujours ses bougies le jour du printemps, pile au moment où cet auteur qu’elle aime bien sort un livre. Si les dates ne coïncident pas, je lui offre un ancien. Là aussi, c’est facile : il en a écrit 19, des romans, et il n’y a pas si longtemps que je la connais ; j’ai encore de la marge. En faisant cela, ma copine ne se rend pas compte mais je rends un petit service à l’humanité. Habituellement, elle est plutôt du genre à se pâmer pour des auteurs qui… ah ! non, pas de critiques négatives, j’aime pas ça. Ça ne sert à rien. Si on n’aime pas quelque chose, on n’en parle pas, non ? Van Cauwelaert, j’aime bien… un peu, beaucoup, passionnément, ça dépend. Ce n’est pas mon écrivain préféré mais j’ai une petite tendresse pour ses histoires originales.


Bref, moi, j’avoue, c’est un truc qui m’énerve, offrir des livres. Un vrai calvaire même ! Surtout si j’ai envie de les lire (raison pour laquelle je me suis lancée l’an dernier dans la fabrication artisanale de confitures que j’offre aux occasions). Mais mon amie, elle est tellement habituée à son cadeau que j’aurais peur de la brusquer. Bien sûr, elle promet toujours de me passer son Van Cauwelaert que j’ai quand même payé 16 euros 85 mais, comme elle ne lit pas toujours assez vite à mon goût, je dois attendre et ça, j’aime pas non plus, donc en fin de compte, j’achète tous les Van Cauwelaert en double exemplaire et mon petit libraire sympa s’en trouve ravi.



Petite bémol toutefois, depuis deux ans, j’ai remarqué, mon amie retient une grimace quand je lui tends son paquet joliment emballé. « Ah… encore un Van Cauw… Tu trouves pas qu’il tourne en rond, toi ? Ses chutes, surtout… enfin, tu vois ce que je veux dire, on est loin de « l’Education d’une fée » ou de « Ma Vie interdite », non ? Il est devenu si prévisible … » et patati patata non mais il y a des gens qui sont jamais contents ! Alors, je monte sur mes grands chevaux, pas méchamment bien sûr, mais je m’offusque un peu quand même parce que non mais je vous jure les gens, il leur faudrait à chaque fois Le bouquin du siècle, la perle rare, le livre à traduire en mandarin de toute urgence ! Elle veut pas que je lui offre le dernier d’Ormesson quand même ? Qu’est-ce qu’elle croit ? Si tous les gens qui écrivent se mettaient à pondre des chefs d’œuvre, où irait le monde ? Un grand livre, c’est rare et heureusement, non ? L’effet de surprise, c’est bien aussi de temps en temps…



Est-ce que « La maison des lumières » est un grand livre ? Non, forcément… Est-ce que c’est grave , qu’il ne le soit pas ? Non plus. Alors quoi ? Est-ce que je me suis bien amusée en le lisant ? Mais oui ! d’abord parce que je l’ai lu sous ma couette par un jour pluvieux et ça, ça change les données : plonger dans les petits univers de Van Cauwelaert quand il pleut, avec une tasse de chocolat chaud sur la table de nuit et les corvées qu’on envoie balader, ça n’a pas de prix.



Les univers de Van Cauwelaert ? Qu’est-ce qu’ils ont de particulier ? Page 28 ok ok, elle arrive mais il faudrait quand même vous mettre au parfum, non ? Il parle de quoi ce bouquin à la fin parce que ça fait 571 mots que je me disperse…

Jérémie Rex a 25 ans, il est boulanger à Arcachon et très amoureux de la belle Candice qui vient de l’éconduire. Comble de la malchance, le pauvre bougre a gagné un voyage pour deux personnes à Venise, où il se rend seul… Là, il rencontre un gars étrange qui chasse des fantômes qu’il ne trouve jamais. Lors de la visite d’un musée, il lui arrive une aventure extraordinaire : il est aspiré dans le tableau de Magritte, « L’empire des lumières » que sa bien-aimée affectionne tellement. Arrêt cardiaque, hallucinations, Near Death Experience… ? à vous de le découvrir. Ce qui est clair, c’est que le destin de Jérémie va basculer. Scientifiques, sorciers, agents immobiliers, tout le monde se coupe en quatre pour expliquer ce phénomène étrange : lors de son « coma », Jérémie a vécu une folle nuit d’amour et il entend bien remettre ça !



Vous comprenez mieux maintenant, les univers de Van Cauwelaert ? « Ceci n’est pas une pomme », ça vous dit quelque chose ? Magritte encore… eh bien dans ses romans, c’est la même chose : on vous plonge dans la vie apparemment banale d’un personnage un peu désabusé. De prime abord, il n’a rien de spécial, mise à part une histoire d’amour souvent tristounette, mais à mesure qu’on tourne les pages, il se transforme en une sorte de héros de l’improbable. Une équivoque, on va dire ça comme ça. « L’Empire des lumières », il est fascinant ce tableau. Moi, je le trouve fascinant. Qui l’a vu de près a forcément dû s’interroger sur l’absence de portes, sur la vie silencieuse claquemurée derrière ces volets… Ceci n’est pas une peinture, c’est (peut-être que ça l’est) une réponse, un des sens caché de l’existence, une raison. Ceci n’est pas un chef d’œuvre, c’est 179 pages de bonne humeur, de personnages attachants, d’évasion…

Allez, il se fait tard : page 28 ! Jérémie rencontre le chasseur de fantômes et ils discutent de leur ex petites amies.



Je n’arrive pas à croire que notre avenir soit derrière nous. Chaque fois que je la regarde sur mon portable, j’invente un nouveau temps de conjugaison. Le présent antérieur.


- Elle est très belle, dit Philippe Necker d’un ton morne. Moi, je n’ai que ça.
Il me tend une photo de lui, enlaçant une femme sans tête. Coupée en rond par des ciseaux.
-Elle s’appelait Marie-Louise. La fille pour qui je suis parti a voulu l’effacer de ma vie, à tout point de vue, ensuite elle m’a jeté pour un autre, et Marie-Louise est morte. Jamais je n’aurais dû la quitter. Je n’ai plus personne et je n’ai plus de photo.


Je compatis. Cela dit, je ne sais pas ce qui est pire. Devoir faire un effort de mémoire pour reconstituer le visage d’une défunte, ou se trimballer quarante-huit beaux souvenirs d’une vivante qui se refuse.
Extrait de Didier Van Cauwelaert, "La maison des lumières".



Une dernière chose avant d’éteindre mon ordinateur (j’écris sans lunettes, ça devient pénible) : si vous n’avez jamais lu de Van Cauwelaert, c’est par celui-ci qu’il faut commencer. Après, vous avez l’embarras du choix. « Un Aller simple », prix Goncourt, est bien aussi.






2 commentaires:

  1. Un bonjour en passant aux gens qui me lisent en Suède, en Norvège, en Croatie, en Australie, en Amérique... coucou! Je dis ça parce que je viens de découvrir qu'on peut voir où se trouvent les lecteurs. (Le croate, j'aimerais bien de l'apprendre, soit dit en passant!)

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  2. Désolée pour la grandeur des caractères mais je suis un peu myope.

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