samedi 28 novembre 2009

L'une et l'autre


A la demande de plusieurs personnes, je remets ici les informations sur mon joli petit livre. Beaucoup de travail aujourd'hui à la maison donc, je fais un copier-coller (et promis, bientôt, une chronique ou deux mais c'est qu'en ce moment, j'ai lu très peu de livres qui me donnent envie d'en parler. Il y a des périodes comme ça où rien ne nous emballe... c'est l'automne, ça doit être ça).

Donc, on a eu un article dans le journal La Meuse (un grand merci à Isabelle Debroux et à Luc, le photographe qui était très sympa)

http://www.lameuse.be/regions/liege/2009-11-25/flemalle-cette-femme-est-un-heros-742856.shtml


Pour lire (ou écouter) un extrait, c'est ici qu'il faut cliquer:

http://deslivresetdesanges.blogspot.com/2009/10/un-extrait.html

Voilà, que dire de plus? Le livre se vend bien, je suis contente et j'espère que d'autres personnes apprécieront encore mes petites histoires (et celles écrites avec g@rp) et puis tous ces personnages un peu seuls, un peu fous, un peu belges, un peu amoureux ça dépend...

Un grand merci, non! mille millions de mercis à mon amie Marie-Claire Demeur pour l'énergie qu'elle déploie pour ce livre, à Philippe Renard qui a passé des semaines enfermé dans un abri de jardin pour réaliser la peinture et à Guillaume Chassang, notre éditeur qui avait eu un coup de coeur pour ce recueil déguisé en roman. Merci aussi à tous ceux qui l'ont déjà lu et qui s'enthousiasment.

mercredi 21 octobre 2009

Pas ce soir, je dîne avec mon père


Marion RUGGIERI, « Pas ce soir, je dîne avec mon père », Grasset 2008, Le livre de poche 2009.


Je suis mariée à un mannequin. Oui, je sais : j’ai beaucoup de chance ! Pour tout vous avouer, j’ai jugé important de vous le dire parce que je viens de l’apprendre. Imaginez que ça fait 17 ans que ça dure avec mon mari et que la beauté, que dis-je ? la splendeur de son corps m’avait échappé jusque-là. Il a fallu que le sympathique mari de ma cousine s’extasie sur l’harmonie de sa silhouette pour que je la remarque enfin. Ce sont des choses qui arrivent : vous vivez pendant des années avec les gens sans les regarder vraiment et, si personne ne lui avait jamais balancé, à mon superbe mari « Mais ma parole, tu joues au mannequin ! », eh bien probablement n’aurais-je jamais réalisé la chance que j’ai de vivre avec un homme qui s’entretient. Depuis d’ailleurs, je ne l’appelle plus autrement : il est « mon mannequin » (Quand je cherche après lui, je demande « Vous n’auriez pas vu mon mannequin ? », si quelqu’un téléphone pour lui parler et que c’est moi qui décroche, je dis « Vous permettez ? Je vous passe mon mannequin. » Et même chez Carrefour, à la caisse, quand il range méticuleusement (il est aussi très maniaque) les courses sur le tapis roulant en refusant que je le seconde et en synchronisant ses gestes à la perfection (il est champion du monde dans la réalisation de pyramides de conserves), je prends depuis un malin plaisir à préciser à la caissière ébahie en le montrant du doigt « Il est mannequin ! »)


Bref, cela a bouleversé ma vie et c’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie de lire ce livre dont j’avais entendu parler et que je m’étais juré de ne jamais chroniquer. Pourquoi ? La page 28 forcément ! Moi, la page 28, j’aime quand elle me fait tomber bas de ma chaise ou que j’en avale mon Mentos.

Lisez plutôt (on est dans un restaurant, d’ailleurs on y est très souvent)!

Il y a aussi « Out of Africa », toujours une jambe suspendue au marchepied du bar. Lui s’habille comme Clark Gable, porte des chapeaux mous assortis à ses tenues de savane, et liquide des Bullshot entre deux baisemains. Parfois sa compagne le rejoint, une magnifique rousse à l’ancienne, taillée comme Rita Hayworth, qui lui met trois têtes et doit mal le traiter. Il y a encore cette famille sympathique qui surgit, comme nous, tous les vendredis à heure fixe : le père, la mère, les filles, les fiancés, plus un ou deux bébés. Je les envie parce qu’ils commandent un grand plat pour toute la tablée et le font passer de main en main comme si ce plat leur appartenait et qu’ils vivaient là, dans la salle d’à côté. Il y a parfois une vieille gloire du cinéma français qui a donné son nom à des tagliatelles maison, lesquelles coûtent aussi cher que si c’était lui qui ramassait le basilic entre deux prises. Ou encore un mannequin aux yeux de chat, que tout le monde convoite en vain, parce qu’elle domine l’assemblée de ses longues jambes – déjà réservées par un vieux bronzé qui arrive de loin.

(Extrait de Marion Ruggieri, « Pas ce soir, je dîne avec mon père »)


Voilà pour l’extrait qui forcément ne reflète pas tout le livre mais le ton est donné : c’est sympa, jovial, rythmé et, même si les péripéties ne se comptent pas par dizaines, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. L’héroïne, surnommée Big a une trentaine d’années et vit avec un vieux de 55 ans, un vieux moche alors que son père, 55 ans aussi, est un vieux beau qui collectionne les conquêtes. Rien n’est trop beau pour cet homme qui refuse de vieillir et qui considère sa fille comme sa meilleure amie. Une grande réflexion sur l’immaturité de notre temps et la confusion des âges (dixit le Nouvel Observateur) et si vous voulez davantage de précisions, si vous cherchez des analyses ou des thématiques exploitables, allez voir sur la toile : ça doit pulluler. Moi, j’en ai retenu cette foule de personnages assez comiques, comme la grand-mère qui porte des chemisiers en soie à lavallière achetés 30 ans auparavant, une des fiancées du père qui s’appelle Fallen et qui, titubant sur des talons de 30 cm, ressemble à un bébé girafe, l’amoureux de Big qui a l’âge du père donc mais qui est le seul homme du coin à ne pas avoir une tête de rocker anglais, ou encore la mère de Big qui rêve de ressusciter Léon Zitrone pour offrir à sa fille un mariage princier, toutes les copines aussi, celles qui ne mangent que des aliments violets, celles qui suivent un régime protéines, celles qui se font vomir, les végéaro-casher jambonophiles, les allergiques au lait et les obsédés du groupe sanguin et puis, quand même, l’héroïne, Big, Marion Ruggieri de son vrai nom, et son « rapport malsain à la séduction, à tout ce qui peut transformer l’être humain en paon ».

Un roman bien gentil donc mais avec une impression de « vite fait bien fait ». Tant de personnages auraient pu être développés, les péripéties aussi mais bon, il s’agit d’un point de vue et, on peut lui concéder ça, à l’auteur : c'est difficile de voir vieillir les gens qu'on aime et on a tous peur de voir nos parents vieillir mais en même temps, ils sont vieux depuis qu’on est nés. D'où l'éternel conflit des générations.
Le rapport avec mon mari? Mais il est comme le père de Big: plus il vieillit et plus il rajeunit!


jeudi 15 octobre 2009

Le mec de la tombe d'à côté


Katarina MAZETTI, "Le mec de la tombe d'à côté", Babel, 2009.


Je n’ai absolument aucun sens de l’orientation. J’ai déjà dû vous le dire (je le dis à tout le monde). Ainsi, quand je veux aller dans une de mes librairies préférées, même si j’y suis déjà aller cent fois, je dois demander à mon sympathique mari de m’y conduire sinon, je n’arrive jamais à destination. Les routes, je ne les reconnais jamais. Mais bref, samedi, je tenais absolument à aller faire un tour dans cette librairie, juste y flâner un peu pour voir les livres, en acheter un ou deux, au hasard de préférence… J’ai bien fait. J’ai trouvé celui-là, un livre dans lequel on se glisse comme sur une chaise à une terrasse ombragée. On commande une glace et on déguste. Le reste peut bien attendre : on est en bonne compagnie…

Désirée est veuve, cultivée et vit en Suède. Elle est bibliothécaire et passe une partie de ses journées au cimetière où repose son défunt mari, mort accidentellement après cinq ans de vie conjugale. Le reste du temps, elle va au théâtre, dévore des livres, anime des ateliers de lecture ou voit ses amis. Elle vit dans un appartement tout blanc et décoré de ficus. Elle aime bien sa vie, sauf que depuis la mort de son époux, elle a perdu tous ses repères, alors elle reste là, plantée devant la tombe à attendre quelque chose qu’elle ne peut même pas nommer.


Lui, il s’appelle Benny, il est agriculteur et sa maison est décorée par les broderies jaunies de sa mère emportée par le cancer. Avoir une femme, il aimerait bien. Ce serait tellement plus pratique, le quotidien, avec des marmites fumantes le soir pour le dîner et un intérieur astiqué. Mais Benny, il n’a pas le temps de sortir et de voir du monde : la vie dans les fermes est rude et l’investissement doit être rentable. Alors lui aussi, il reste là, avec ses vaches ou ses géraniums qu’il repique sur la tombe de sa chère maman. La culture, il regarde ça de loin en se disant que ça ne l’aidera pas à faire tourner ses affaires…


Un jour pourtant, puisque les contraires s’attirent, puisqu’on est dans un roman et puisque les histoires d’amour naissent partout, même dans les cimetières, Benny aux cheveux poussiéreux va sourire à Désirée au chapeau ridicule et voilà, il n’en fallait pas plus pour donner un gentil petit roman qui se lit en une paire d’heures et qui, l’espace de 200 pages, nous aide à nous souvenir que la vie est pleine de surprises.



Pas de grandes fresques ou de rebondissements dans ce livre mais des sentiments, des bons mots, des points de vue aussi, celui d’une femme et celui d’un homme que rien ne devait réunir. On dit que la femme conçoit tout en fonction de l’amour et que l’homme conçoit l’amour en fonction de tout. Katarina Mazetti, une suédoise qui n’en est pas à son premier roman, l’a bien compris.




Méfiez-vous de moi !


Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n’est pas très orthodoxe, de toute évidence. Qui sait ce qui pourrait me passer par la tête à la prochaine lune ?
Vous avez quand même lu Stephen King ?


Juste là, je suis devant la tombe de mon mari, assise sur un banc de cimetière vert bouteille lustré par des générations de fesses…


Il y a de quoi s’énerver. Je veux dire, il n’était même pas malade…


Je viens plusieurs fois par semaine pendant la pause de midi…


S’il se met à pleuvoir, je sors d’une toute petite pochette un imperméable en plastic… il est parfaitement hideux.


Je passe au moins une heure ici, à chaque fois, avant de m’en aller. Dans l’espoir sans doute de susciter un chagrin de circonstance, à force d’acharnement. On pourrait dire que je me sentirais beaucoup mieux si j’arrivais à me sentir moins bien…


La vérité, et elle est pénible, c’est que la moitié du temps je suis furieuse contre lui. Foutu lâcheur…


L’autre moitié du lit double jamais défaite…


Et personne pour tirer la chasse d’eau à part moi…


Je ressens aussi parfois un léger frémissement entre les jambes, après cinq mois de célibat. Ça me donne l’impression d’être nécrophile…


À côté de la pierre tombale d’Örjan, il y a une stèle funéraire monstrueuse, oui, carrément vulgaire !


Il y a quelques semaine, j’ai vu pour la première fois la personne en deuil…
Le Forestier…


Il avait une drôle d’odeur et seulement trois doigt à la main gauche…



***



Putain, je ne peux pas la blairer !


Pourquoi elle est tout le temps assise là ?


Me rendre sur la tombe est mon seul bol d’air…


Des cheveux blonds fanés, des vêtements ternes et délavés…


J’aime les femmes dont l’apparence clame ‘Regardez-moi’ »…


Elles doivent avoir du rouge à lèvres brillant et de petites chaussures pointues…


Rien à foutre si le rouge à lèvre s’étale, si la robe est trop serrée sur les bourrelets…


Je tombe toujours un peu amoureux quand je vois une femme plus toute jeune qui a consacré une demi-journée à se pomponner pour qu’on la remarque, surtout si elle a de faux ongles, des cheveux cramés par les permanentes et des talons aiguilles casse-gueule…


Maman n’arrêtait pas de me tarabuster les dernières années pour que je « sorte » me trouver une fille…


Ce que ma mère ne savait pas, c’est qu’il n’y a plus de jeunes filles qui attendent au quai de collecte du lait…


Elles sont toutes parties en ville…